La palme de l’effet le plus complexe et le plus inattendu du dérèglement de l’espace public, je suggère de l’attribuer à Tomo SAVIC-GECAM, originaire de Croatie et vivant à Amsterdam. Il s’ingénie à inventer des systèmes complexes aux fins desquels une intervention dans le décor d’une ville provoque des conséquences dans un autre endroit du monde. Ainsi, les visiteurs qui entrent dans une exposition à Utrecht mettent en mouvement, à leur insu, un escalator fonctionnant dans une galerie commerciale de Zagreb ; ou bien, ceux qui franchissent la porte d’un centre d’art d’Amsterdam contribuent à modifier, infiniment bien sûr, la température d’une piscine en Estonie. Au musée du Jeu de Paume à Paris, il a construit un immense cube blanc, et il a réalisé le même dans un musée de Bergen ; un mécanisme permet de rétrécir les dimensions de la salle en bougeant imperceptiblement les cloisons chaque fois qu’un visiteur entre … dans l’autre espace, à 1 200 kilomètres de distance ; de cette façon, aucun spectateur ne peut réellement faire l’expérience de la modification que sa présence introduit dans le lieu où il se trouve, et pourtant il est informé que son influence n’en est pas moins réelle. N’est-ce pas le message même de la démocratie ? N’est-ce pas également une illustration possible de la nature de l’art, toujours situé dans un ailleurs ? Mais pour le piéton-spectateur, l’œuvre est avant tout un questionnement sur sa position et sur rôle qu’il joue dans le décor de la ville.

Dérives

      urbaines

> Tomo Savic Gecan

> AVEC LES PIEDS