Stanley BROUWN est un artiste très discret, qui pousse l’anonymat jusqu’à ne pas paraître à ses propres expositions. La  marche, éloge du mouvement le plus banal, est au centre de son œuvre, au point qu’il avait un jour déclaré que toutes les boutiques de chaussures d’Amsterdam étaient ses galeries. En 1960, il a réalisé une série intitulée « This Way Brouwn » : dans les rues d’Amsterdam, il demandait son chemin à des passants et leur enjoignait d’esquisser l’itinéraire sur un croquis, où il apposait ensuite son tampon pour l’ériger en œuvre. (16) En l’occurrence, l’œuvre est à la fois dans le déplacement lui-même  et  dans le lien social suscité par ces échanges avec des inconnus. Ces croquis grossiers composent un labyrinthe urbain où l’artiste déploie son activité, et celle-ci est autant physique que mentale. C’est dans le prolongement de cette aventure qu’il entreprendra ensuite un comptage extrêmement précis de ses pas et établira des séries de mesures entre son corps et le territoire au sein duquel il évolue. Par exemple, dans trois casiers métalliques, il entrepose des fiches dont chacune porte la mention « 1 mm », et qui, en s’additionnant, totalisent dans chaque casier la longueur exacte d’un de ses propres pas ; il intitule l’œuvre « Trois pas = 2587 mm » , un constat purement mathématique, qui ne dit rien d’autre, et notamment rien des déplacements effectués, mais qui témoigne d’un rapport direct établi entre l’expérience de l’homme et l’espace, ce qui est peut-être une définition possible de l’art.


Dérives

      urbaines

> AVEC LES PIEDS