La mobilité et la vitesse ont acquis un tel statut dans les organisations modernes qu’intervenir pour ralentir le rythme de la ville est aisément perçu comme sacrilège. Exercer une activité inefficace est suspect, attenter aux mouvements, forcément utiles, des autres est une provocation. Pourtant l’artiste coréenne KIMSOOJA a su mener ce jeu avec une totale économie de moyens et une poésie singulière. Dans plusieurs villes du monde, elle a tourné des vidéos selon le même schéma, qu’elle a baptisé « Needle Woman » : l’artiste elle-même se tient de dos, immobile, dans la foule qui doit dévier son flot pour l’éviter, et on peut lire dans les yeux des passants l’étonnement, l’interrogation que suscite cette présence fixe et muette, qui est également l’attitude la plus sereine et la plus gracieuse qu’on puisse trouver dans le chaos de la ville.

Dérives

      urbaines

> AVEC LES PIEDS

- Chapitre 7