Guy DEBORD est un homme précieux. De son vivant, il a été accusé de tout, essentiellement d’avoir perverti une génération d’adolescents qui ont porté ses écrits en bannière pendant leur simulacre de révolution, mais aussi, par exemple, d’avoir assassiné son ami, protecteur et éditeur, Gérard LEBOVICI. Quand il a été mort, ou plutôt quand l’évolution de la société a permis de remiser ses idées sur le rayon encombré des utopies sans danger, il est devenu de bon ton de le célébrer. En 2008, un gouvernement de droite a classé ses archives Trésor National, il en aurait étouffé de rire.

Guy DEBORD a donc, entre autres mérites, inventé le situationnisme, une théorie qui constitue avant tout un style de vie, mêlant l’art et la révolution, prônant avant tout la reconquête par chacun de son environnement. Le fondement de sa doctrine repose sur la conviction que les règles et les intérêts qui ont présidé à l’industrialisation ont non seulement privé de sens les gestes du travail, mais également perverti la vie privée. « L’usage de la vie quotidienne, au sens d’une consommation de temps vécu, est commandé par le règne de la rareté : rareté du temps libre ; et rareté des emplois possibles de ce temps libre (…) La vie privée est privée de quoi ? Tout simplement de la vie, qui en est cruellement absente. » (10) Combattre le système commence donc pour chacun par la recherche d’une technique de libération du quotidien, pour échapper à « l’insoutenable misère de la vie quotidienne », faite « d’indigence matérielle et de moralisme archaïque ». La recette, si elle existe, sera de faire en sorte que « la part de la créativité l’emporte toujours sur la part répétitive ».

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