Il y a, dans l’attitude du labyrintheur, une expérience de déambulation hasardeuse que les artistes plasticiens ont parfois su mettre en valeur. André CADERE, dans les années 1970, en avait fait un fondement de son œuvre. Il se déplaçait en portant avec lui un grand bâton, constitué d’anneaux de différentes couleurs. Parfois, il allait dans des musées ou des galeries et abandonnait son bâton dans un coin ; la seule présence de cet objet symbolique était son œuvre, à la fois parasitage des lieux et auto-proclamation de son statut d’artiste. Ou bien, quand il exposait lui-même, il demandait à ses visiteurs à quel endroit de la ville ils souhaiteraient voir son bâton, et il s’y rendait ; le déplacement, selon des itinéraires qui ne lui appartenaient pas, faisait son œuvre. Quel qu’en fût l’usage, le bâton de l’artiste avait progressivement acquis une forte puissance d’évocation, il était comme un repère bienvenu dans un territoire labyrinthique incompréhensible, peut-être hostile. La marche était pour CADERE le symbole même de la liberté. Elle avait un rôle central dans sa stratégie d’artiste : n’appartenir à rien ni à personne, être là où on ne l’attend pas, toujours surprendre, attitudes d’autant plus significatives qu’elles émanaient de quelqu’un venu de cette Europe de l’Est alors sous dictature. CADERE est mort trop tôt pour qu’on puisse savoir si la marche aurait épuisé tout son talent, ou si l’attendaient d’autres modes d’exploration du monde, la mort l’a figé dans un style.

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